Jargon d'entreprise : drôle... mais utile. - Apec.fr - Jeunes diplômés
 
Entretien

commentaire (0) | lu 2261 fois | publié le 27/10/2014

Jargon d'entreprise : drôle... mais utile.

La langue évolue, le jargon d'entreprise aussi. Il est nécessaire d'apprendre rapidement à parler cette nouvelle langue qui prête souvent à la moquerie mais dont l'utilité reconnue est le sentiment d'appartenance. 3 témoignages.

Par jargon, entendez tous ces abus de langage qui désignent les produits, les procédures, les services de l'entreprise par des termes anglais, des acronymes, parfois même de la langue de bois.

 

Marie, 26 ans, trader fonds Junior dans une banque, depuis 8 mois.

Ma définition du jargon : un ensemble de mots et d'expressions utilisées par un groupe, et qui excluent les non initiés. C'est une sorte de dictionnaire interne auquel tous les salariés se réfèrent et je ne le perçois pas comme quelque chose de négatif. En salle de marché, c'est indispensable. Par exemple je me sers quotidiennement d'expressions comme être short sur une position ou je propose des produits qu'on appelle forward, future ou call. Nous avons aussi les back et middle offices qui désignent certains de nos services ou les supports qui sont nos assistants directs. Le jargon apparaît dans tous nos documents et lors des réunions ; nos mails eux-mêmes sont en Anglais. Je me suis adaptée très vite à cette nouvelle langue puisque les études (école de commerce, spécialisation marchés financiers) m'y avaient préparée. Je pense que la présence d'un jargon interne développe le sentiment d'appartenance à l'entreprise. Et je vois deux explications à son développement, du moins dans le secteur financier : d'abord, parce que les anglo-saxons ont toujours dominé le secteur et que leur vocabulaire inonde le nôtre ; ensuite, je pense que le fait de ne pas être compris des autres est entretenu volontairement, c'est flagrant lorsque deux traders parlent ensemble dans le métro. Quant à l'extérieur, je ne pourrais pas expliquer ce que je fais à ma famille, à mes amis... ils ne comprendraient pas, notamment parce qu'ils n'ont pas le vocabulaire adéquat. On ne parle pas la même langue.

Laure, 22 ans, en stage dans une banque de financement, depuis 6 mois.

Je suis en master 2 à Sup de Co Reims. Si nous sommes obligés d'employer le jargon en entreprise, c'est d'abord parce que nos clients le parlent et que nous devons être au même niveau de langage qu'eux. On ne peut pas continuer à travailler sans le parler, c'est évident. Mais ça vient très vite. Par exemple des verbes comme pitcher (faire une présentation) ou leverager/déleverager (augmenter ou baisser un ratio), la business line, etc. Ce vocabulaire, nous l'entendons – et le répétons – toute la journée, notamment de la bouche de nos chargés d'affaires qui sont nos supérieurs directs. Et grâce à la maîtrise du jargon interne, celui de la finance, j'ai l'impression de mieux connaître le secteur bancaire. Sans cela, on se sent « out », le jargon développant un fort sentiment d'appartenance à la communauté qui le parle. A l'extérieur, mes proches ne comprennent pas ce que je raconte, c'est normal. C'est propre à mon entreprise.

Lucas, 24 ans, chargé d'études marketing, depuis 5 mois.

Chez nous, il y a beaucoup d’acronymes (AT : Anomalie Terrain ou TD : To Do list), notamment pour désigner les enquêtes que nous menons ou les statuts des clients. C'est envahissant. Je n'ai pas eu de mal à m'y faire au début parce que je m'y attendais. Et puis, j'ai vite vu dans les yeux de mes supérieurs que parler ce jargon permettait de montrer son implication dans le travail. Je n'ai pas envie de passer pour le petit nouveau qui n'est pas encore dans le jus, voire pour un idiot. Parler le jargon, c'est confirmer son intégration. Je me souviens d'un stage dans la grande distribution : il y avait énormément de mots en Anglais, c'en était presque ridicule. Je conçois que l'Anglais soit pratique si l'on n'a pas d'équivalent en Français, si ce n'est pas exactement la même expression, etc. Mais dans la plupart des cas, je me souviens que l'équivalent français n'était pas difficile à trouver ! Cette propension à mettre du jargon anglais dans chacune de ses phrases peut cependant s'expliquer par le statut international de cette entreprise.

 

Cet article a été initialement rédigé en novembre 2013. Nous le mettons à jour régulièrement et nous conservons tous les commentaires liés aux précédentes parutions.


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