Décryptage

Etes-vous fait pour travailler dans une TPE ?

Etes-vous fait pour travailler dans une TPE ?

Nombreuses en France, les TPE représentent une opportunité à ne pas négliger pour un jeune diplômé. A certaines conditions cependant : être conscient des avantages mais aussi des inconvénients d'un premier poste dans ce type d'entreprise.

 

Les avantages. On recense aujourd’hui en France plus de deux millions de TPE (très petites entreprises). Selon une étude réalisée en avril dernier par le réseau "Tous pour l’emploi", "10% des responsables de TPE interrogés se déclare en situation concrète d’embaucher". Soit un potentiel de près de 300 000 embauches! Pour un jeune diplômé, travailler dans une entreprise de moins de 20 salariés offre un certain nombre d’avantages. "J’ai eu la possibilité, dès mon premier poste, de mener de front un métier de vente et de faire de la stratégie commerciale, raconte Arnaud Boudesseul, 25 ans, ingénieur commercial dans une TPE. C’est un poste multi-compétences, avec des responsabilités que je n’aurai pas ailleurs, et qui me donne une vision transverse de l’entreprise". Débuter dans une très petite entreprise équivaut très souvent à être poussé dans "le grand bain", avec des responsabilités et une marge de manoeuvre rarement accordé ailleurs. Mais si l’on y progresse vite encore faut-il se placer dans une démarche "active" et s’y investir véritablement. Le cadre type d’une TPE est donc capable d'initiatives et d'investissement personnel. Cette autonomie de fait, ainsi que les qualités d’organisation acquises offrent des pistes d’évolution nombreuses par la suite. S’il veut évoluer hors de son entreprise, un jeune cadre pourra facilement valoriser ses compétences acquises et évoluer vers une PME. Commercial ou ingénieur, il a toute latitude au sein de sa très petite entreprise pour se constituer un réseau solide – clients, fournisseurs -, et le faire jouer au moment opportun.

Les inconvénients. Avant de s’engager sur cette voie, il faut cependant bien mesurer les spécificités du travail d’un cadre dans une TPE. Ainsi, celles-ci ne sont pas assujetties aux 35 heures et n’ont pas l’obligation de créer un comité d’entreprise ni de désigner des représentants du personnel. Il en résulte des relations sociales peu protocolaires et un service des ressources humaines souvent géré directement par le dirigeant ou le responsable financier ! Enfin, l’habitude d’évoluer dans un cadre souple et peu hiérarchisé peut être un frein pour intégrer ensuite un groupe plus important. Difficile pour certains cadres de renoncer à leur liberté d’action et de s’habituer à un mode de vie professionnelle davantage formalisé.

Les questions à se poser avant. Avant de signer mieux vaut donc se poser un certain nombre de question. Etes- vous suffisamment autonome pour être confronté très vite à de nombreuses responsabilités ? Supporterez vous le fait de travailler dans une petite structure, au sein d’une petite équipe et, par conséquent, dans une très grande proximité avec vos collègues ? Etes vous conscient que vos journées seront bien plus longues que dans une entreprise de taille plus conséquente ? Si vous répondez oui à toutes ces questions, le monde des TPE est certainement fait pour vous.

"On apprend beaucoup dans une TPE sur un court laps de temps"

Michel Homola-Maureau, Consultant, Apec Marseille

Quels sont les profils adaptés à une TPE ?
Il existe deux cas de figure pour les chefs de très petites entreprises : soit ils tombent sur la perle rare qui va être rapidement rentable, soit ils investissent à long terme sur un jeune diplômé. L’enjeu du recrutement d’un jeune diplômé est toujours crucial pour une TPE, notamment financièrement. De fait, le bon profil est une spécialité pointue, qui va correspondre à ce que recherche l’entreprise. C’est aussi, en plus du diplôme, une forte capacité d’adaptation, dans l’organisation de son propre poste. Les dirigeants fondateurs de TPE fonctionnent souvent sur le mode start-up, dans un état d’esprit familial, ce qui nécessite une implication forte des salariés.

Quelles sont les opportunités d’une première expérience dans une TPE ?
On y apprend beaucoup, sur un court laps de temps. Au niveau de l’apprentissage professionnel, notamment, une telle expérience est énorme. Les jeunes diplômés occupent un large périmètre de fonctions. Tout en développant leurs compétences propres, ils acquièrent une expérience comportementale : polyvalence, relation directe avec le chef d’entreprise et les clients, faculté d’initiative… Mais cela ne marche qu’en se prenant en main, car peu de TPE assurent la formation de leurs recrues.

Que peut-on "revendre" après une telle expérience ?
Paradoxalement, une telle expérience ne se vend pas facilement sur un CV. Il faut pouvoir argumenter pour convaincre des bienfaits de sa polyvalence, tout en resserrant ses acquis sur son cœur de métier. Par contre, pour un employeur potentiel, une première expérience en TPE signifie aussi que le jeune cadre est déjà "formaté" à la vie en entreprise.

"Avoir été fortement responsabilisé dans une TPE est un atout"

Lionel Pignier, 23 ans, Ingénieur, Hélicoptères Guimbal

Pourquoi avoir choisi une TPE ?
Je n’avais pas d’objectif précis de type d’entreprise, mais je cherchais avant tout un job intéressant dans une ambiance sympathique ! Entre ma 2e et ma 3e année à l’Ensica de Toulouse, j’ai eu la chance de pouvoir passer 13 mois en immersion chez Hélicoptères Guimbal. A ma sortie d’école, j’ai donc été embauché par cette TPE qui compte aujourd’hui dix personnes.

Quels sont les avantages et les inconvénients au quotidien de ce type de petite structure ?
L’intérêt principal est de pouvoir avoir une vision d’ensemble des projets et de pouvoir toucher à tout. Mon entreprise développe un nouveau programme aéronautique – sur le marché des hélicoptères civils deux places : je travaille sur ma spécialité de départ, l’acquisition d’électronique embarquée, mais je participe aussi bien aux essais en vol qu’à certaines parties de la fabrication. Au final, je m’implique plus que je ne pourrais le faire dans une grande structure plus figée. Le travail est enrichissant, de surcroît au sein d’une équipe où tout le monde se connaît bien. Les rapports sont directs et non formels même avec ma hiérarchie. Le revers de la médaille, c’est de ne pas compter pas ses heures, et ne pas avoir les avantages d’une grosse société de type comité d’entreprise.

Comment voyez-vous votre évolution ?
J’espère continuer quelques années dans cette société en pleine évolution. A mon avis, avoir été fortement responsabilisé dans une TPE, surtout si on a travaillé sur un projet qui a abouti, est un atout pour intégrer plus tard une grande entreprise. Je vois la différence avec des ingénieurs de mon école qui travaillent dans de grosses entreprises et ne s’occupent finalement que d’une toute petite partie d’un projet. Moi, j’ai non seulement une vison globale du projet mais je suis aussi en contact avec les différents corps de métiers : c’est instructif et cela m’apporte beaucoup au niveau relationnel.

"Ce que propose une TPE à un jeune diplômé c'est de grandir avec elle"

Stephan Couturier, Directeur associé, Terres Oubliées

Quels sont vos critères de recrutement de jeunes diplômés ?
Pour nous le CV n’est pas le plus important. Ce qui l’est en revanche, c’est un potentiel d’expérience et de développement personnel. Les chefs de produits de notre jeune agence de voyage se consacrent dix mois par an à la vente de nos voyages. Les deux mois restant sont consacrés à aller sur le terrain pour mettre au point des produits inédits. Un vendeur, pour nous, c’est quelqu’un qui sait se débrouiller. Ce que nous recherchons chez nos futures recrues, c’est un savoir être, un dynamisme, la capacité de convaincre, un esprit d’équipe et d’initiative.

Que peut proposer une TPE comme la votre ?
En général, on a tendance à noircir le tableau en expliquant que dans les TPE, il n’y a pas de 13e mois ni de hauts salaires. Mais nos cinq chefs de produits, (qui ont entre 25 et 30 ans), sont associés à l’entreprise, et donc intéressés aux résultats. C’est une façon de les impliquer et de les motiver. En cela, nous sommes différents d’une grande entreprise : nous proposons à des jeunes passionnés par le voyage de grandir avec nous.

Les chiffres

  • On compte 2,1 millions de très petites entreprises pour plus de 8 millions de salariés.

  • Les TPE sont particulièrement représentées dans l’artisanat, le commerce et les services marchands. 600 000 exploitations agricoles et 650 000 professionnels libéraux y sont assimilés.

  • A elles seules, les TPE représentent le tiers de l'emploi salarié et 85 % du nombre total des employeurs en France.

    Source : Réseau Tous pour l’Emploi – enquête de l’Observatoire de l’Emploi – mai 2005

Les liens

Votre site Jd.apec.fr vous présente de façon détaillée l’activité, l’organisation, les métiers, la politique de ressources humaines et les besoins en recrutement de plusieurs centaines d’entreprises dans la rubrique Les entreprises qui recrutent.

Sites des entreprises et organismes cités :
www.terres-oubliees.fr
 : le site de l’agence Terres Oubliées
www.itfacto.com : le site de Ifacto

Autres sites d’informations :
www.portailpme.fr
 : un site d’information sur les PME
www.touspourlemploi.com : un site d’information sur les TPE

Les livres

  • Très petite entreprise mode d'emploi, de Tahar Rahmani, Editions VM Press, 2005

  • Manager débutant, de Roland Labrégère, Editions d’Organisation, 2005